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Reflections on Father Victor by Daniel Rouzier, translated into English by Dr. Reynold Verret

Daniel Rouzier, a classmate and old friend of Fr. Victor, wrote this touching reflection in French.  (Victor’s friends from his youth know him as “Teky.”)

 

English Translation

 

Téky’s moved on...

 

There is news that falls on you like a thunder strike that abruptly splits a serene sky.

 

Yesterday, on the phone, Papichou's voice suddenly cracked. As we were talking, the news fell - brutal, almost dry: Téky had just died. A devastating cardiac event. One of those short phrases that life pronounces without warning and which upset everything.

 

I have known Téky for more than 50 years. Papichou too. There are folk that one need not be in touch with every day to know that they are there... present, solid, faithful. Téky was one of these. He had a discreet presence that reassures, a gentle way of being serious, a gravity without heaviness, often a trait of souls given to essentials things.

 

He began by studying the world. At Saint-Louis de Gonzague, under the luminous influence of Brother Serge Larose, he understood very early that faith is not an escape from reality, but a demanding way of entering it: through work, through social commitment, through responsibility.

 

He had studied agronomy, veterinary medicine. He had healed the land and it’s animals, participated in the repopulation of Creole pigs after the decision of foreign health authorities to cull all domestic pigs and devastate the Haitian rural economy. Already, he was on the side of the humble, attentive to the invisible consequences and silent wounds.

 

Then there was Thomassin, where he ran a farm for six years, learning the patience of seasons and the modesty of useful gestures. And later, at Barry University in Miami, where he obtained a master's degree in computer science and human resources management. As if God, before calling him to the altar, had wanted him to first understand human structures, systems, and fragilities in all their complexities.

 

It is there also that the call became more pressing. More irrefutable. Téky returned to the seminary. In 2002, he was ordained a priest and joined the Dominicans. He had found his calling.

 

He dreamed of returning to Haiti. But he had made a vow of obedience - this paradoxical wish that frees by tying. So he went where he was sent: chaplain at Barry University, Mercy Hospital in Saint-Louis, Duke University, Christus Health in San Antonio, then Xavier University in New Orleans.

 

Everywhere, he was what he knew he was: an available man. Truly available. See you at any time. For everyone. With no loud noise.

 

Even when he was appointed provincial vicar of his congregation, he remained the attentive brother, this priest who listens before speaking, who remembers first names, the wounds, the worries. He had this rare talent to make everyone feel valued.

 

I remember a visit. It was in 2002. Passing through Haiti with Barry University students, whom he had just led to the Holy Land, Téky had come to see me at SunAuto. He then offered me a small wooden cross, from Jerusalem. A simple, modest cross. I take it everywhere with me.

 

The cross has been with me through many trials: the SunAuto flood, the earthquake, the 2023 and 2024 attacks. And if it remained, more or less, intact, it is because it kept proclaiming something stronger than the ruins. This cross has always reminded me - and will now remind me even more - that Christ walks by my side, often through simple gestures and faithful presences, even when a friend dies.

 

Téky loved Haiti, her story, her injuries and hopes thwarted. From afar, he followed her politic, prayed for her leaders, and prayed especially for her most vulnerable - the children of the good God, he would say. He gave his time to Food for the Poor, helped raise funds for projects in Haiti, convinced that charity is never abstract.

 

Today, he leaves behind his sisters, Lucienne and Lizou; his brothers Stephan, Ernest, Vladimir and Papichou, blood brother and brother of heart; and a multitude of friends who suddenly feel a little poorer, a little more alone.

 

But he also leaves us something else: a silent lesson. That of a coherent life: of a man who never opposed faith to reason, action to prayer, obedience to freedom, of a priest who believed that serving was a joy, and that the essential is often played out in the margins, in constancy, in daily fidelity.

 

There are those who die and close a door.

 

There are others who shine a light when they die.

 

May the Good Lord welcome Téky as He welcomes a servant who has served well,  who has contributed humbly and patiently to building the Kingdom here on earth.

 

May God console those who loved Teky.

 

And may He give us who remain the quiet courage enabling us to walk a little straighter in his wake.

 

 

 

French Original

 

Téky lage sa…

 

Il y a des nouvelles qui vous tombent dessus comme l'orage fend soudain un ciel serein.

 

Hier, au téléphone, la voix de Papichou s’est soudain brisée. Alors que nous parlions, la nouvelle est tombée — brutale, presque sèche : Téky venait de mourir. Une crise cardiaque foudroyante. Une de ces phrases courtes que la vie prononce sans prévenir, et qui bouleversent tout.

 

Je connais Téky depuis plus de 50 ans. Papichou aussi. Il y a des êtres que l’on n’a pas besoin de fréquenter tous les jours pour savoir qu’ils sont là... présents, solides, fidèles. Téky était de ceux-là. Il avait cette présence discrète qui rassure, cette manière aimable d’être sérieux, cette gravité sans lourdeur qui est souvent le signe des âmes accordées à l’essentiel.

 

Il avait commencé par apprendre le monde. À Saint-Louis de Gonzague, sous l’influence lumineuse du frère Serge Larose, il avait compris très tôt que la foi n’est pas une échappée hors du réel, mais une manière exigeante d’y entrer : par le travail, par l’engagement social, par la responsabilité.

 

Il avait étudié l’agronomie, la médecine vétérinaire. Il avait soigné la terre et les bêtes, participé au repeuplement des cochons créoles après une décision sanitaire étrangère qui avait ravagé l’économie rurale haïtienne. Déjà, il se tenait du côté des humbles, des conséquences invisibles, des blessures silencieuses.

 

Puis il y eut Thomassin, six années à diriger une ferme, à apprendre la patience des saisons, la modestie des gestes utiles. Et plus tard, l’université Barry, à Miami, où il obtint une maîtrise en informatique et en gestion des ressources humaines. Comme si Dieu, avant de l’appeler à l’autel, avait voulu lui faire comprendre les structures, les systèmes, les fragilités humaines dans toute leur complexité.

 

C’est là, pourtant, que l’appel se fit plus pressant. Plus irréfutable. Téky rentra au séminaire. En 2002, il fut ordonné prêtre et entra chez les Dominicains. Il avait trouvé sa mission.

 

Il rêvait de revenir en Haïti. Mais il avait prononcé le vœu d’obéissance — ce vœu paradoxal qui libère en attachant. Alors il alla là où on l’envoyait : aumônier à Barry University, à Mercy Hospital à Saint-Louis, à Duke University, à Christus Health à San Antonio, puis à Xavier University à La Nouvelle-Orléans.

 

Partout, il fut ce qu’il savait être : un homme disponible. Vraiment disponible. À toute heure. Pour chacun. Sans bruit.

 

Même lorsqu’il fut nommé vicaire provincial de sa congrégation, il resta ce frère attentif, ce prêtre qui écoute avant de parler, qui se souvient des prénoms, des blessures, des inquiétudes. Il avait ce rare talent de faire sentir à chacun qu’il comptait.

 

Je me souviens d’une visite. C’était en 2002. De passage en Haïti avec des étudiants de Barry University qu’il avait auparavant conduits en Terre sainte, Téky était venu me voir à SunAuto. Il m’avait alors offert une petite croix de bois, venue de Jérusalem. Une croix simple, modeste. Je l’emporte partout avec moi.

 

Elle a traversé les épreuves : l’inondation de SunAuto, le tremblement de terre, les attaques de 2023 et de 2024. Et si elle est restée, plus ou moins, intacte, c’est qu’elle n’a cessé de dire quelque chose de plus fort que les ruines. Cette croix m’a toujours rappelé — et me rappellera désormais plus encore — que le Christ marche à mes côtés, souvent à travers des gestes simples et des présences fidèles, même lorsqu’un ami s’éteint.

 

Téky aimait Haïti. Son histoire. Ses blessures. Ses espérances contrariées. De loin, il suivait sa politique, priait pour ses dirigeants, priait surtout pour les plus vulnérables — les enfants du Bon Dieu, disait-il. Il donnait son temps à Food for the Poor, aidait à lever des fonds pour des projets en Haïti, convaincu que la charité n’est jamais abstraite.

 

Aujourd’hui, il laisse derrière lui ses sœurs, Lucienne et Lizou ; ses frères Stephan, Ernest, Vladimir et Papichou, frère de sang et frère de cœur ; et une multitude d’amis qui se sentent soudain un peu plus pauvres, un peu plus seuls.

 

Mais il nous laisse aussi autre chose : une leçon silencieuse. Celle d’une vie cohérente. D’un homme qui n’a jamais opposé la foi à l’intelligence, l’action à la prière, l’obéissance à la liberté. D’un prêtre qui a cru que servir était une joie, et que l’essentiel se joue souvent dans les marges, dans la constance, dans la fidélité quotidienne.

 

Il y a des morts qui ferment une porte.

Il y en a d’autres qui ouvrent une lumière.

 

Que le Bon Dieu accueille Téky comme Il accueille un serviteur qui a bien travaillé, de ceux qui ont contribué, humblement et patiemment, à bâtir le Royaume sur cette terre.

 

Qu’Il console ceux qui l’ont aimé.

 

Et qu’Il nous donne, à nous qui restons, ce courage tranquille qui permet de marcher un peu plus droit à sa suite.

 

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